Artiste-professeure invitée

2026 - 2027

Marina Gadonneix

Née en 1977 à Paris (France)

Marina Gadonneix est une photographe française diplômée de l'École Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles. Elle est représentée à Paris par la Galerie Christophe Gaillard.

Photographe passionnée par l'envers des images photographiques, ou plus exactement par le dispositif en creux, elle interroge moins l'image comme représentation que les conditions de son apparition. Se définissant volontiers comme une artiste chercheuse, Marina Gadonneix développe un travail au plus près de la recherche qui interroge le monde, ses images ouvrent les frontières entre la fabrique de l'imaginaire et la production de la représentation. Bousculant les possibles du regard, s'y déploie, en révélation et dialogue de ce qui se voit et de ce qui ne se voit pas, toute une poésie de l'abstraction. Son travail se nourri de documentations, d'investigations et d'enquêtes autour des dispositifs de production des images, qu'elle photographie dans des états d'attente, de bascule ou d'indétermination, ouvrant ainsi des espaces ambigus où la perception oscille entre document, expérience physique et projection mentale.

Les dualités entre matérialité et immatérialité, visible et invisible, présence et absence, mémoire et oubli, traversent l'ensemble de son travail. Les fonds d'incrustation des studios de cinéma deviennent ainsi, dans la série Landscapes, de vastes monochromes bleus ou verts, espaces perceptuels proches de l'immatérialité des pièces lumineuses immersives de James Turrell. Ces dualités récurrentes se prolongent dans After the Image puis dans Phénomènes, projet mené en collaboration avec plusieurs laboratoires scientifiques, où les images oscillent entre réalité et fiction, entre ce qui apparaît et ce qui peut hypnotiser le regard et aiguiser l'imaginaire, tant par l'incompréhension du vu que par le concevable de l'inconnu. Les images deviennent des espaces de projection aussi poétiques que les noms des phénomènes qu'elles rejouent : supernova, matière noire, vortex, ouragan, avalanche....

Cette attention portée aux formes instables de la perception a progressivement conduit Marina Gadonneix vers les sciences cognitives, les mathématiques et certaines recherches contemporaines liées à l'intelligence artificielle. À partir de la notion d'espace latent --- utilisée pour désigner les structures invisibles organisant les données dans les réseaux de neurones artificiels --- elle poursuit en collaboration avec le chercheur Victor Rambaud, avec le projet les géométries de l'esprit / Image latente, une réflexion autour des représentations possibles de l'esprit, des formes de la mémoire et des géométries qui traversent nos manières de percevoir et d'imaginer.

Ces recherches ont donné lieu à un ensemble d'œuvres où modèles mathématiques, formes topologiques, sculptures et contreformes semblent hésiter entre objets scientifiques et paysages mentaux. Marina Gadonneix s'est notamment intéressée aux modèles conservés à l'Institut Henri Poincaré ainsi qu'aux formes géométriques présentes dans certaines recherches en neuroscience. Plus qu'une démonstration scientifique, ces images lui apparaissent comme des figures intuitives où l'espace se plie, circule ou revient sur lui-même, brouillant les distinctions entre surface et profondeur, intérieur et extérieur, visible et invisible.

Ses recherches l'amènent aujourd'hui vers des formes plus spatiales et immersives, où image et son pourraient se répondre au sein de paysages perceptifs instables. Le son y serait envisagé moins comme accompagnement que comme une matière mobile et vivante, capable de faire espace, de produire du pli et d'ouvrir des formes de dérive dans la perception.